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Cours sur: Dunlap et Buttel: sociologie de l’environnement

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La sociologie de l’environnement de Frederick H. Buttel et de Riley E. Dunlap

Trajectoires parallèles et points de convergence occasionnels

Jean-Guy Vaillancourt, Bertrand Perron et Benoît Jacques

PLAN DETAILLE

TEXTE INTEGRAL

NOTRE ESSAI PORTE SUR LES TRAJECTOIRES parallèles et sur les points de convergence occasionnels que l’on retrouve au cours d’une série de débats amicaux entre deux sociologues de l’environnement qui ont marqué leur discipline aux États-Unis et même au plan international. Bien sûr, il y a d’autres sociologues de l’environnement importants aux État-Unis, mais nous pensons qu’une comparaison entre Dunlap et Buttel est très utile, non seulement à cause de la qualité de leur contribution, mais aussi parce que les différences et les convergences que leur travail font ressortir se trouvent au centre des études que nous faisons en sociologie de l’environnement. Cet essai se situe dans la foulée du chapitre que Vaillancourt a écrit il y a quelques années dans le livre de Metha et Ouellet (1995) sur la sociologie environnementale et qui a été repris pour une version française plus substantielle dans le livre de Tessier et Vaillancourt en 1996. Il y eut trois étapes majeures dans le développement de la sociologie de l’environnement en Amérique du Nord, à savoir l’écologie humaine et sociale durant les années 1920 à 1960 à Chicago et sur la côte est, la sociologie environnementale qui s’est surtout développée dans le nord des États-Unis à partir des années 1970, et enfin, la nouvelle écologie humaine et sociale, ou encore, la nouvelle sociologie environnementale ou sociologie écologique, comme Dunlap l’appelle, ou l’écosociologie comme Buttel et Vaillancourt préfèrent l’appeler. Cette dernière phase a émergé au milieu des années 1980 avec la publication du rapport Brundtland (1987) et les nouvelles études sur les dimensions humaines des changements environnementaux globaux. L’écosociologie est davantage centrée sur les caractéristiques, les causes et les effets de ces changements et également sur les stratégies pour y répondre. Le concept de développement durable qui a émergé à partir de 1980 fait partie de ces dernières, il est en partie une réincarnation du concept d’écodéveloppement qu’Ignacy Sachs et Maurice Strong avaient mis de l’avant dès le début des années 1970. Dunlap et Buttel ont commencé leur carrière en sociologie au tout début de la deuxième période, celle de la sociologie environnementale. Nous allons donc comparer ces deux éminents sociologues de l’environnement en montrant que leurs débats sociologiques parallèles et convergents ont évolué en suivant les différents courants d’idées qui ont influencé la discipline depuis quelques décennies et en faisant ressortir leurs contributions aux grands débats de la discipline de ce dernier quart de siècle.

Le débat HEP-NEP ou l'écologie humaine et l'écologie sociale revisitées

Le nouveau paradigme environnemental de Dunlap : une réaffirmation de l’écologie humaine

Au départ, inspiré par les écologistes humains de Chicago, Dunlap cherchait à montrer que l’environnement naturel a une influence importante sur le comportement humain. Dunlap croit que l’être humain surestime son indépendance par rapport aux ressources naturelles et aussi par rapport à l’environnement naturel dans son ensemble. Dans cette même veine, la grande tradition sociologique classique n’a pas accordé beaucoup d’importance à l’impact des variables environnementales sur le social, même si le débat sur la rareté des ressources montre que le milieu naturel peut influencer considérablement la vie sociale.

À partir de cette prise de conscience, l’auteur réfléchit sur les raisons qui expliquent le désintéressement de la plupart des sociologues classiques par rapport aux influences biophysiques sur le milieu social. D’abord, la sociologie s’est constituée à une époque où le paradigme social dominant prônait des idées peu réalistes sur la puissance de l’humain à l’égard de la nature (Dunlap et Van Liere 1977 : 1-2). Cette perspective anthropocentrique allait de soi pour l’ensemble des sociologues de l’époque. D’ailleurs, à ce moment-là, plusieurs affirmaient que la culture était en voie de se substituer à la nature. De plus, avec les biologistes et même avec les psychologues qui mettaient en évidence les impacts du milieu biophysique sur les humains, il semblait primordial pour les sociologues d’étudier les influences des facteurs sociaux sur les individus pour légitimer l’importance de la discipline sociologique par rapport aux autres sciences (Dunlap et Catton 1979a : 58). C’est ce que fit Durkheim, par exemple, malgré son intérêt pour la morphologie sociale, la densité démographique et le fait social total, lorsqu’il disait que les faits sociaux sont des choses et qu’ils doivent être expliqués par d’autres faits sociaux.
Ainsi, Dunlap critique les postulats qui sous-tendent l’ancien paradigme qu’il appelle « le paradigme de l’immunité humaine (HEP) ». Il en a dégagé quatre éléments (Catton et Dunlap 1978a : 42-43) :

  • l’être humain est unique dans la création parce qu’il a une culture ;
  • la culture peut varier presque infiniment et peut changer plus rapidement que les traits biologiques ;
  • les différences entre les humains étant induites socialement plutôt qu’innées, elles peuvent être modifiées ou encore éliminées socialement ;
  • enfin, l’accumulation culturelle peut permettre une poursuite indéfinie du progrès qui est capable de résoudre tous les problèmes sociaux.

Face à cet ancien paradigme qui hypertrophie le rôle de l’humain, Dunlap propose une nouvelle conception qu’il appelle « le nouveau paradigme écologique (NEP) ». Plus réaliste, ce paradigme tient compte des limites naturelles et propose des postulats d’un tout autre ordre (Catton et Dunlap 1978a : 45) :

  • l’être humain est une espèce vivante parmi plusieurs autres dont l’interdépendance fonde les communautés biotiques qui façonnent la vie sociale ;
  • la complexité des relations de cause à effet et de rétroaction dans le tissu de la nature fait qu’une action sociale délibérée et conçue à telle ou telle fin comporte de nombreux effets inattendus ;
  • le monde étant fini, il y a des limites physiques et biologiques potentielles à la croissance économique, au progrès social et aux autres phénomènes sociétaux.

Ainsi, la position de Dunlap était surtout centrée, à ses débuts, sur l’influence de l’environnement naturel sur les humains. Mais il a aussi essayé de découvrir comment les humains perçoivent les problèmes environnementaux et agissent sur eux, en faisant plusieurs études empiriques sur la conscientisation environnementale et sur le mouvement vert. Ensuite, il s’est mis à accorder graduellement de plus en plus d’importance aux impacts des facteurs sociaux sur l’environnement. Mais au début de sa réflexion, dans les années 1970, Dunlap croyait que le clivage entre le HEP et le NEP était plus fondamental que le clivage qui différencie les différentes théories de la grande tradition sociologique alors que Buttel croyait l’opposé.

La sociologie humaine de Buttel : une nouvelle écologie sociale

De son côté, Buttel était plutôt influencé par la grande tradition sociologique classique, et plus précisément par Weber et Marx, ainsi que par l’économie politique, plutôt que par l’école de Chicago ou la tradition américaine des recherches empiriques. En fait, il croyait que l’écologie humaine a trop insisté sur les impacts sociaux des problèmes environnementaux, préférant, pour sa part, analyser les causes de ces problèmes. D’une certaine façon, nous pouvons dire que Buttel était opposé au déterminisme environnemental tout comme le furent les écologistes sociaux des années 1930. Il était en réaction contre les écologistes humains de l’école de Chicago alors que la sociologie de Dunlap allait justement dans le sens de la position de l’école de Chicago et des écologistes humains néo-orthodoxes comme Hawley et Quinn.

Comme Dunlap et Catton, Buttel admet que, pour que la sociologie soit reconnue comme une science crédible, les auteurs classiques ont dû combattre le déterminisme biologique et écologique, et que ceci a conduit à l’évacuation des variables écologiques comme facteurs explicatifs des changements comportementaux. Par contre, Buttel n’endosse pas l’idée que la sociologie de l’environnement doive se détacher complètement de la grande tradition sociologique et que le NEP représente un paradigme complètement nouveau et différent (Buttel 1986 : 363-366). Au contraire, la sociologie de l’environnement se doit d’aller au-delà de la théorie mertonnienne du champ moyen pour aborder les grands problèmes de la discipline : le rapport entre nature et société, le rôle de l’État, les classes sociales et les lois du changement social (Humphrey et Buttel 1982 : 10).

Ainsi, par rapport au débat HEP-NEP lancé par Dunlap, Buttel ne remet pas en question la validité des principes du NEP, mais il s’objecte à ce que celui-ci doive atteindre une position paradigmatique prédominante qui exclurait les vieux paradigmes dominants de la sociologie. Il n’en voit pas la nécessité, puisque les sociologues classiques utilisent eux aussi à l’occasion les principes du NEP. Selon Buttel, la sociologie des auteurs classiques n’empêche pas de faire de la sociologie de l’environnement (1986a : 369). D’ailleurs, dès 1976, Buttel (1976) faisait part, dans un article, des perspectives écosociologiques que l’on retrouve dans les approches sociologiques du conflit et de l’ordre. Buttel croit également que le NEP de Dunlap met beaucoup trop l’accent sur le déterminisme environnemental, du moins en ce qui concerne la finitude des ressources naturelles, même s’il accepte néanmoins la notion de contrainte écologique (Buttel 1978a : 253). C’est dans son livre publié avec Humphrey que nous pouvons le mieux percevoir la place réelle mais limitée que Buttel accorde aux facteurs environnementaux. La question de la rareté des ressources énergétiques fossiles y joue un rôle certain, mais aucunement unilatéral dans le comportement des groupes sociaux (Humphrey et Buttel 1982 : 221). Selon lui, les contraintes biophysiques contribueraient à l’intensification bien plus qu’à la complète détermination du déséquilibre économique. En fait, Buttel pense qu’il faut placer les limites biophysiques en interaction réciproque avec la dynamique structurelle des sociétés modernes (Humphrey et Buttel 1982 : 233-234). Nous pouvons même affirmer que l’objectif prioritaire de sa sociologie consiste à favoriser l’utilisation d’une théorie des structures sociales, où l’étude des causes et des conséquences sociales de la rareté des ressources serait imbriquée dans la dynamique du changement social (Buttel 1976 : 309). Ainsi, dans les années 1970, Buttel n’était pas totalement opposé aux principes du NEP puisqu’il analysait surtout les impacts de la rareté des ressources sur les comportements humains. Par contre, depuis qu’il s’est rendu compte du fait de l’exagération de la rareté des ressources comme problème amplifié à outrance, Buttel ne travaille plus vraiment avec ce concept. Sa pensée tend à évoluer vers la prise en compte de l’ensemble des changements écologiques pouvant stimuler un changement social.

Cependant, il ne faut pas oublier que dans ses premiers écrits, Buttel était beaucoup plus préoccupé par l’impact des activités humaines sur les changements environnementaux et par le fait que les solutions possibles face aux problèmes environnementaux doivent être conceptualisées en vertu d’une plus grande justice sociale.

Une réévaluation récente de Dunlap à propos du NEP

Quelques chercheurs, dont Buttel, ont adressé des critiques à Dunlap à cause de sa substitution du HEP au NEP. Dans un de ses articles récents, Dunlap réévalue sa position en expliquant que son objectif est plutôt de promouvoir l’incorporation des variables environnementales dans l’analyse sociologique au lieu de se limiter aux variables sociales comme le préconise la grande tradition (Dunlap et Catton 1997). Ainsi, il semble que Dunlap ne veuille pas vraiment remplacer les variables sociales par des variables environnementales, mais plutôt donner une meilleure place à ces dernières dans l’analyse sociologique. Ou encore, il ne souhaite pas remplacer le HEP par le NEP, mais il cherche plutôt à introduire les variables environnementales dans les modèles d’analyse comme variables dépendantes ou indépendantes.

Alors, le débat qu’il a entretenu avec Buttel serait davantage le fruit d’une mésentente plutôt qu’une opposition réelle avec des positions contradictoires. Selon nous, il y a du vrai dans l’idée selon laquelle Dunlap n’a jamais été un déterministe environnemental véritable et dur, mais il est vrai aussi qu’il a …

La sociologie environnementale de Dunlap et de Buttel du milieu des années 1970 au milieu des années 1980

La sociologie environnementale de Dunlap

  • 1970s: Dunlap promeut une sociologie environnementale privilégiant les facteurs biophysiques plutôt que les « problèmes environnementaux » en tant que tels; tendance plus fonctionnaliste et empirique que ses débuts.
  • Différences clés avec Buttel sur les variables explicatives:
    • Dunlap met l’accent sur les variables sociopolitiques (âge, idéologie politique, lieu de résidence).
    • Buttel privilégie les variables socio-économiques (revenu, statut, occupation).
  • Éducation: les deux reconnaissent l’importance du niveau de scolarité pour le degré de sensibilisation, mais proposent des raisons différentes.
  • Fonctions de l’environnement (vue de Dunlap): habitat des citoyens, ressources naturelles, poubelle des rejets de la société industrielle. Dunlap est surtout systémique, pas purement fonctionnaliste.
  • Interaction société – environnement: il montre que la société influence l’environnement et que l’environnement influence la société (I = PAT: Impacts = Population × Affluence × Technologie).
  • Évolution de l’approche: après la perception du déclin du discours sur la rareté, Dunlap insiste sur des interactions bidirectionnelles et sur la notion que la sociologie de l’environnement peut et doit être une discipline rigoureuse.
  • Modèle POET (Duncan): Population, Organisation, Technologie, Environnement; ces éléments interagissent.
  • Version évoluée (Dunlap & Catton): P, T, Système culturel (SC), Système social (SS), Système de personnalité (SP); E (changements environnementaux) est la variable centrale.
  • Caractéristiques du schéma révisé:
    • Met l’accent sur les relations directes entre variables sociales et environnement, plutôt que sur des influences systématiques croisées.
    • Cinq types de causes (démographique; technologie; système social; système culturel; système de personnalité) et cinq types d’impacts; et cinq types de stratégies (réduire population; nouvelle technologie plus douce; changer le système social; sensibiliser sur les valeurs; modifier comportements individuels et collectifs), à appliquer simultanément (1993: 730).
  • Contenu supplémentaire: Dunlap introduit une grille d’analyse inspirée du schéma POET et le complète pour intégrer les multiples dimensions des rapports environnement-société.

[Schéma: Modèle POET (Duncan) et version Dunlap/Catton]

  • Diagramme inicial: population (P), organisation (O), technologie (T) et environnement (E).
  • Version modifiée: P, T, système culturel (SC), système social (SS) et système de personnalité (SP) avec E comme changement environnemental central.

La sociologie environnementale de Buttel

  • Contexte: la question de la rareté des ressources perd de sa pertinence; Buttel devient plus critique vis-à-vis l’influence des producteurs capitalistes sur les sciences et l’opinion, et sceptique face aux intérêts véhiculés par les Verts.
  • Causes, effets et stratégies:
    • Cause principale: expansionnisme des entreprises de production conduisant à une utilisation intensive des ressources pour stimuler la croissance.
    • Responsables: les institutions de production capitalistes (et socialistes), plutôt que les consommateurs; l’offre stimule la demande.
    • Croissance: ce n’est pas la croissance en soi qui détruit l’environnement, mais le type de croissance favorisé (accumulation du capital, monopoles, oligopoles); l’État soutient ce type de croissance et concentre le pouvoir entre les mains de l’élite.
    • Impacts: privilégie les effets sociaux; développement d’un processus en plusieurs étapes (coûts de production croissants, profits diminuants, chômage et pouvoir d’achat en baisse, répression de la bourgeoisie). Ce processus peut être aggravé tant que les ressources ne deviennent pas critiques; la notion d’engrenage de la production (Schnaiberg) peut mieux intégrer le rôle de l’État.
    • Thèse: cadre radical néomarxiste-wéberien; les contraintes au changement social sont centrales.
  • Stratégies politiques:
    • Les Verts devraient s’allier avec les catégories sociales défavorisées pour provoquer un changement social et obtenir une plus grande justice sociale.
    • L’État devrait favoriser un autre type de croissance, plus proche d’une économie stationnaire (steady-state economy).
    • Importance des technologies plus douces et plus appropriées pour protéger l’environnement.

Sociologie écologique ou écossociologie

La sociologie écologique de Dunlap

  • Après le rapport Brundtland (1987), une approche globale émerge: les problèmes environnementaux deviennent globaux; Dunlap voit une opportunité de prendre définitivement à la fois le sujet et l’analyse à l’échelle mondiale.
  • Il affirme que les humains sont devenus trop dominants sur le globe et que les scientifiques reconnaissent l’importance des dimensions humaines; les sociologues doivent analyser les interactions entre social et environnemental et montrer comment l’espèce humaine peut s’adapter et quels comportements il faut changer.
  • Cependant, il critique aussi que la sociologie ait contribué à freiner le mouvement vert: ses “petits travaux tardifs” n’ont pas permis à la sociologie de prendre une place majeure dans le mouvement environnemental.

[Figure 1]

  • Le texte mentionne l’émergence d’un cadre global et l’importance des interactions social-environnemental dans la sociologie écologique de Dunlap.

[Figure 2]

  • Développement d’un schéma plus complexe centrant l’environnement comme focalité des rapports avec les variables sociales.

Note: Figure 1 et Figure 2 représentent les diagrammes POET et sa version étendue, avec les interactions entre population, organisation, technologie, organisation culturelle, système social, système de personnalité et l’environnement.

Remarques sur les images et schémas:

  • [Schéma: Diagramme POET (Duncan)]
  • [Schéma: Version étendue Dunlap-Catton avec E central et P, T, SC, SS, SP]

Débats Dunlap et Buttel sur les changements environnementaux globaux

Le constructivisme et la réalité des CEG

sciences de l’environnement, puisque l’accent était mis sur l’idée que ces
changements environnementaux globaux seraient surtout une construction sociale plutôt qu’un phénomène objectif (Dunlap et Catton 1993 : 16-18).
Dans le même ordre d’idées, Dunlap déplore le fait que Buttel et plusieurs autres sociologues considèrent comme important de déconstruire le concept de changements environnementaux globaux et d’observer les intérêts économiques auxquels ce concept (tout comme celui de développement durable) pourrait servir. Dans cette perspective constructiviste, les changements globaux sont perçus comme étant une idéologie environnementale qui résulte davantage de processus sociaux comme la croissance de nouveaux mouvements sociaux et la production du savoir scientifique que comme un changement véritable dans l’état de l’écosystème (Dunlap et Catton 1993 : 19).
Face à cette position, Dunlap avance que ce n’est pas parce qu’il existe une certaine construction sociale des problèmes environnementaux que ces problèmes ne sont pas réels pour autant. Il croit que cette reconnaissance de la réalité des changements environnementaux globaux menace le paradigme de l’exemptionalisme humain (HEP), mais il tient à rassurer ses lecteurs en précisant qu’abandonner le HEP ne veut pas dire pour autant que nous abandonnons complètement l’idée que les institutions sociales peuvent influencer l’avenir. Il ajoute qu’en déconstruisant les changements environnementaux globaux (CEG), Buttel et ses collègues constructivistes n’ont pas contribué efficacement aux travaux sur ces CEG (Dunlap et Catton 1994 : 20).
Sans nier le fait qu’il y ait une dimension constructiviste aux problèmes environnementaux, Dunlap trouve le constructivisme de Buttel troublant, parce qu’il amène les chercheurs à ne pas s’occuper des causes et des conséquences sociales des CEG ainsi que de leurs solutions. Il ajoute que ce constructivisme va à l’encontre des revendications écologiques et fournit un appui à ceux qui ne veulent pas respecter l’environnement naturel. Enfin, il souligne que de déconstruire les CEG comme Buttel et Taylor le font en 1992 ne rend pas ces CEG moins réels et moins dangereux, et que cela ne déconstruit pas le problème en tant que tel (Dunlap 1993 : 20).
En dépit de ses craintes au sujet du constructivisme, Dunlap conclut en refusant d’accentuer le clivage entre constructivistes et objectivistes. Car plusieurs recherches fructueuses ont été faites en utilisant l’une ou l’autre des deux approches. En somme, Dunlap ne croit pas que les constructivistes et les objectivistes soient irrémédiablement opposés les uns aux autres. Dunlap ajoute que le temps est venu de développer une sociologie plus écologique, orientée vers l’étude des interactions entre les humains et l’écosystème. Il poursuit en mentionnant que la reconnaissance des changements environnementaux globaux, incluant la question des origines humaines et celle des impacts de l’environnement sur la société, remet en cause les orientations du paradigme de l’exemptionalisme humain et suggère qu’il est primordial d’accorder plus d’importance à la sociologie écologique (Dunlap et Catton 1994 : 25). Selon lui, cette sociologie doit reconnaître avant tout que les êtres humains ont une certaine dépendance par rapport à l’écosystème qu’ils habitent ; ainsi, elle doit rejeter le paradigme de l’exemptionalisme humain qui suggère que notre espèce n’est pas sujette aux contraintes naturelles.

L'écosociologie de Buttel

Dans la version française de son article remarquable de 1986 sur l’évolution de l’écologie humaine, Buttel utilise expressément le mot d’écosociologie pour caractériser la dernière phase de la sociologie de l’environnement. Depuis la diffusion du rapport Brundtland, on parle beaucoup du développement durable en tant que solution à privilégier pour résoudre les changements environnementaux globaux. Chacun y va de ses scénarios et de ses prédictions pour l’avenir de la planète. Plusieurs avancent que la situation est dramatique mais certains autres sont plus sceptiques. Pour sa part, Buttel invite les sociologues à se méfier des conclusions trop hâtives, rappelant les conséquences de la fausse alarme qu’avait été la crise de l’énergie dans les années 1970. Ainsi, il pense que la sociologie de l’environnement doit tenir compte de la façon dont l’environnement est construit socialement, et aussi de l’influence exercée par les forces productrices matérielles sur le discours écologique (Buttel et Taylor 1992 : 16).
Cette conception renvoie à la redéfinition d’une sociologie de l’environnement plus critique à l’égard de la construction des problèmes environnementaux élaborée autant par les scientifiques que par ces groupes verts (Buttel et Taylor 1992 : 2). En effet, les sciences naturelles et sociales ne sont pas naïves. Elles facilitent certaines voies d’action au détriment d’autres possibilités. Cet état de choses est dû à leur enchevêtrement avec le politique. À ce titre, Buttel pose un regard critique sur la modélisation des problèmes environnementaux. La modélisation globale, fondée sur la conception d’un « nous » unitaire, place les gens dans une situation de spectateurs plutôt que dans celle de participants engagés dans la formulation de futurs autres (Taylor et Buttel 1992 : 406).
Quant aux groupes verts, Buttel mentionne qu’ils dépendent, dans la majorité des cas, des conclusions tirées par les scientifiques des sciences naturelles. L’incertitude scientifique dans de nombreux domaines pousse les environnementalistes à construire l’information à leur façon dans le but de sensibiliser la population, ce qui les amène souvent à amplifier la gravité de la situation. Ils sont donc portés à quitter la sphère de la rationalité scientifique pure pour entrer dans celle de la normativité. Cette dramatisation est de nature idéologique et elle permet l’internationalisation de l’activisme environnemental (Hawkins et Buttel 1992 : 831). Donc, les groupes verts, tout comme les scientifiques d’ailleurs, construisent socialement la réalité et donnent souvent l’impression que les changements sont réels, alors que personne n’en a la preuve absolue.
Suite à ces incertitudes par rapport aux changements environnementaux globaux, Buttel parle d’un autre concept qui renferme des contradictions : celui du développement durable. Selon lui, ce concept devrait être vu comme un symbole occupant le centre des conflits entre les groupes à propos du développement. D’un côté, les groupes critiques face à la prédominance du développement selon le mode de développement capitaliste veulent que la durabilité devienne un impératif écologique, moral et social du développement. Par ailleurs, les institutions dominantes impliquées dans ce type de développement tentent de s’approprier le concept de développement durable comme instrument de légitimation de leurs politiques (Hawkins et Buttel 1992 : 833). Pourtant, le conflit autour du développement durable ne peut être résolu sans qu’un des deux groupes l’emporte. Paradoxalement, le discours sur les changements globaux propose des modes de résolution des problèmes qui permettent le maintien de ces deux positions, ce qui montre la fragilité des arguments écologiques (Taylor et Buttel 1992 : 16).
Comme on le voit, avec son constructivisme, Buttel en arrive à questionner la réalité même des problèmes environnementaux. Il est réticent à admettre que tous les problèmes que l’on dit globaux le soient vraiment dans la mesure où leurs causes, leurs conséquences et leurs voies de solutions sont souvent localisables. Cependant, il reconnaît que c’est moins le cas pour le phénomène du réchauffement de la planète (Taylor et Buttel 1992 : 8). Ainsi, pour Buttel, l’élévation des problèmes environnementaux à un niveau global est davantage une question de construction sociale et de production de savoir politique qu’une réalité biophysique, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas réels, mais plutôt que leur réalité se situe davantage à des niveaux inférieurs. En fait, Buttel craint que l’élite économique ne se serve du discours globalisateur sur l’écologie pour mieux faire accepter une mondialisation des marchés qui risque finalement d’accentuer l’écart entre les pays riches et les pays pauvres (Hawkins et Buttel 1992 : 839). Buttel rejoint ainsi les thèses d’Agarwal et Narain (1991) pour lesquels la globalisation de l’environnement constitue une forme déguisée de néocolonialisme.
Cet essai avait comme but de résumer et d’évaluer certains débats qu’ont entretenus Riley Dunlap et Fred Buttel du milieu des années 1970 à nos jours. S’inspirant de l’écologie humaine de l’école de Chicago, Dunlap avance d’abord que la grande tradition sociologique néglige l’importance du déterminisme environnemental par rapport au social. Il ajoute qu’on devrait remplacer l’ancien paradigme anthropocentrique par un nouveau paradigme écologique qui tiendrait compte des limites naturelles. Par contre, Buttel, un néomarxiste wébérien, ne pense pas qu’il soit nécessaire d’inventer un nouveau paradigme uniquement pour attribuer une meilleure place aux variables environnementales.
Un deuxième débat entre Dunlap et Buttel porte sur les causes, les effets et les stratégies reliés aux problèmes écologiques. Dunlap avance que 5 variables (nouvelle version du schéma POET) causent les problèmes environnementaux en même temps qu’ils sont affectés par eux et en sont la solution. D’autre part, Buttel adopte une approche radicale qui se centre plutôt sur la primauté du social. Il pense que l’État favorise la concentration des capitaux et qu’il faudrait que les Verts s’allient avec les défavorisés dans le but non seulement de provoquer un changement au niveau de l’environnement, mais aussi un changement social et politique.
Enfin, leur débat le plus récent porte sur la globalisation des problèmes environnementaux. Buttel veut développer une nouvelle sociologie environnementale ou écosociologie inspirée par la nouvelle sociologie des sciences où les problèmes environnementaux sont considérés comme étant socialement et politiquement construits. Il pense que les décisions devraient être prises aux niveaux local, régional et national plutôt qu’au niveau global. Par contre, Dunlap croit fortement en la réalité de ces problèmes environnementaux globaux et espère que cette nouvelle approche qu’il nomme sociologie écologique va permettre de mieux y faire face. En somme, Dunlap penche plutôt du côté de la rationalité scientifique, alors que Buttel est plus sensible aux aspects normatifs et idéologiques dans le discours scientifique lui-même.
Après avoir été critiqué par Dunlap et Catton (1994) au sujet de sa prise de position dans le débat sur le constructivisme et le réalisme, Buttel semble avoir pris du recul par rapport à son constructivisme dur (Taylor et Buttel 1992). En 1993, il écrivait : « Ni un programme fort de dissection de la connaissance environnementale, ni une sociologie culturelle postmoderne exempte des croyances environnementales ne va ou ne devrait changer la réalité des problèmes environnementaux globaux » (Buttel 1993 : 10, notre traduction). En fait, Buttel est un constructiviste modéré depuis qu’il reconnaît plus clairement la réalité des changements environnementaux globaux. Pour lui, les CEG ne sont pas entièrement construits. Parallèlement, Dunlap reconnaît aussi maintenant l’utilité d’une forme mitigée de constructivisme. Il fait l’éloge de John Hannigan (1995 : 5) qui a pris ses distances par rapport au constructivisme extrémiste et, pour sa part, il a reconnu qu’il était trop zélé quand il souhaitait que son nouveau paradigme écologique (NEP) supplante la sociologie classique. Il reconnaît maintenant que le NEP ne doit pas remplacer le marxisme wéberien, le fonctionnalisme et les autres perspectives théoriques, et qu’il a exagéré un peu ses positions dans le but de stimuler le développement de la version verte dans l’ensemble de ces perspectives théoriques. Enfin, il admet qu’il a nourri des attentes beaucoup trop élevées par rapport à l’utilité du NEP et qu’il n’est pas surprenant de voir que le NEP est encore critiqué par des auteurs comme Buttel (1996). À partir de ses derniers écrits, ce que Dunlap semble essayer de faire, c’est de favoriser l’intégration de variables environnementales dans les diverses grilles d’analyse en sociologie de l’environnement. En fait, il souhaite que les variables environnementales soient enfin reconnues en tant que variables sociologiques.
Pour terminer, citons un extrait d’un article récent de l’un des deux sociologues que nous venons de comparer, qui illustre bien dans quelle situation la sociologie de l’environnement se trouve depuis quelques années.
« L’insistance actuelle sur la compréhension des dimensions humaines — à la fois comme causes et comme conséquences — des changements environnementaux globaux annonce un avenir fructueux pour les thèses de la sociologie de l’environnement, qui sont reflétées dans la croissance rapide de l’intérêt international pour ce domaine de recherche » (Dunlap, 1995 : 7).
Cette citation est de Dunlap, mais elle aurait pu être tout aussi bien de Buttel, ce qui confirme que malgré des trajectoires parallèles et de fréquents débats, ces deux sociologues convergent à l’occasion, surtout depuis qu’ils collaborent dans le comité des sociologues de l’environnement de l’American Sociological Association (Buttel a en effet présidé un comité qui a remis un prix d’excellence à Dunlap (et Catton)) et dans le comité de recherche 24 (Environnement et société) de l’Association internationale de sociologie.

Bibliographie

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Références et Auteurs

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Auteurs

  • Jean-Guy Vaillancourt — JEAN-GUY VAILLANCOURT (Ph. D. en sociologie, Université de Californie, Berkeley) est professeur titulaire au département de Sociologie de l’Université de Montréal. Son principal champ d’intérêt est l’écosociologie. Il a publié plusieurs articles et ouvrages dans ce domaine, sur les questions de développement durable, de pluies acides, d’énergie, de déchets, et sur le mouvement vert québécois.
  • Bertrand Perron — BERTRAND PERRON (M. Sc. en science politique) est présentement candidat au doctorat en sociologie à l’Université de Montréal sous la co-direction de Jean-Guy Vaillancourt et de Claire Durand. Il travaille actuellement sur la perception des changements climatiques et a publié de nombreux articles et chapitres de livres en sociologie de l’environnement.
  • Benoît Jacques — BENOIT JACQUES a obtenu sa maîtrise en sociologie à l’Université de Montréal sous la direction de Jean-Guy Vaillancourt. Celle-ci portait sur la perception des changements climatiques chez les ruraux et les urbains dans diverses régions du Québec.
Résumé du cours

Cet essai analyse les trajectoires parallèles et les convergences occasionnelles des débats entre les sociologues de l'environnement Frederick H. Buttel et Riley E. Dunlap. Il s'inscrit dans la continuité des travaux antérieurs de Jean-Guy Vaillancourt sur la sociologie environnementale, qui distingue trois phases : l'écologie humaine et sociale (1920-1960), la sociologie environnementale (à partir des années 1970) et la nouvelle écologie humaine/sociale ou écosociologie (émergence milieu des années 1980). Cette dernière phase, axée sur les changements environnementaux globaux et le développement durable, est le cœur de l'analyse.

Le débat HEP-NEP : écologie humaine et sociale revisitées

  • Le nouveau paradigme environnemental (NEP) de Dunlap : une réaffirmation de l'écologie humaine

    • Dunlap, initialement inspiré par l'école de Chicago, souligne l'influence de l'environnement naturel sur le comportement humain et critique la surestimation de l'indépendance humaine vis-à-vis des ressources naturelles.
    • Il analyse le désintérêt des sociologues classiques pour les influences biophysiques, attribuant cela à un paradigme dominant anthropocentrique et à la volonté de légitimer la sociologie face à d'autres sciences.
    • Dunlap critique le "paradigme de l'immunité humaine" (HEP) basé sur quatre postulats : l'unicité culturelle humaine, la variabilité culturelle, la modification sociale des différences humaines et le progrès culturel illimité.
    • Il propose le "nouveau paradigme écologique" (NEP) avec quatre postulats : l'humain comme espèce parmi d'autres, l'interdépendance dans les communautés biotiques, les effets imprévus des actions sociales dans la nature, et les limites physiques/biologiques à la croissance.
    • Initialement centré sur l'influence de l'environnement sur l'humain, Dunlap a ensuite accordé plus d'importance aux impacts sociaux sur l'environnement. Dans les années 1970, il considérait le clivage HEP-NEP comme plus fondamental que les divisions théoriques en sociologie, contrairement à Buttel.
  • La sociologie humaine de Buttel : une nouvelle écologie sociale

    • Buttel, influencé par la tradition sociologique classique (Weber, Marx) et l'économie politique, se concentre sur les causes des problèmes environnementaux plutôt que sur leurs impacts sociaux.
    • Il s'oppose au déterminisme environnemental et critique l'écologie humaine de l'école de Chicago.
    • Bien qu'admettant que la sociologie a dû combattre le déterminisme biologique/écologique, Buttel ne pense pas que la sociologie de l'environnement doive se détacher de la tradition sociologique classique ou que le NEP soit un paradigme entièrement nouveau. Il prône l'intégration des grands problèmes de la discipline (rapport nature-société, rôle de l'État, classes sociales) au-delà de la théorie de moyenne portée.
    • Buttel ne conteste pas la validité du NEP mais s'oppose à sa prédominance exclusive. Il estime que les sociologues classiques utilisent déjà des principes du NEP.
    • Il critique le NEP pour son accent excessif sur le déterminisme environnemental, notamment la finitude des ressources, tout en acceptant la notion de contrainte écologique.
    • Dans ses travaux avec Humphrey, Buttel place les facteurs environnementaux en interaction réciproque avec la dynamique structurelle des sociétés modernes, considérant que les contraintes biophysiques intensifient plutôt que déterminent le déséquilibre économique. Son objectif prioritaire est l'utilisation d'une théorie des structures sociales intégrant l'étude de la rareté des ressources dans le changement social.
    • Initialement préoccupé par l'impact des activités humaines et la justice sociale dans les solutions environnementales, Buttel a ensuite remis en question l'exagération de la rareté des ressources.
  • Réévaluation récente de Dunlap sur le NEP

    • Dunlap clarifie que son objectif est de promouvoir l'incorporation des variables environnementales dans l'analyse sociologique, et non de les substituer aux variables sociales. Il cherche à intégrer ces variables comme indépendantes ou dépendantes.
    • Le débat avec Buttel relèverait davantage d'une mésentente que d'une opposition réelle. Dunlap n'a jamais été un déterministe environnemental strict.

La sociologie environnementale de Dunlap et de Buttel (milieu des années 1970 - milieu des années 1980)

  • La sociologie environnementale de Dunlap

    • Dans les années 1970, Dunlap promeut une sociologie environnementale axée sur les facteurs biophysiques, plus fonctionnaliste et empirique.
    • Il distingue ses variables explicatives (sociopolitiques : âge, idéologie, lieu de résidence) de celles de Buttel (socio-économiques : revenu, statut, occupation).
    • Les deux reconnaissent l'importance du niveau d'éducation pour la sensibilisation environnementale, mais avec des justifications différentes.
    • Dunlap considère l'environnement comme habitat, ressource et réceptacle des déchets industriels, adoptant une approche systémique.
    • Il modélise l'interaction société-environnement avec la formule I = PAT (Impacts = Population × Affluence × Technologie).
    • Face au déclin du discours sur la rareté, Dunlap insiste sur les interactions bidirectionnelles et la rigueur de la discipline.
    • Il utilise le modèle POET (Population, Organisation, Technologie, Environnement) de Duncan, puis une version évoluée avec Dunlap & Catton : P, T, Système culturel (SC), Système social (SS), Système de personnalité (SP), où E (changements environnementaux) est central.
    • Le schéma révisé met l'accent sur les relations directes entre variables sociales et environnementales, identifiant cinq types de causes, d'impacts et de stratégies.
  • La sociologie environnementale de Buttel

    • Avec la perte de pertinence de la question de la rareté des ressources, Buttel critique l'influence des producteurs capitalistes sur la science et l'opinion, et se montre sceptique face aux intérêts des Verts.
    • Il identifie comme cause principale l'expansionnisme des entreprises capitalistes (et socialistes) qui stimulent la demande par une utilisation intensive des ressources.
    • La croissance n'est pas le problème en soi, mais le type de croissance (accumulation de capital, monopoles) soutenu par l'État.
    • Buttel privilégie les effets sociaux de ces processus, notamment la hausse des coûts de production, la baisse des profits, le chômage et la répression. Le concept d'engrenage de la production de Schnaiberg intègre mieux le rôle de l'État.
    • Sa thèse est un cadre radical néomarxiste-wébérien où les contraintes au changement social sont centrales.
    • Il préconise l'alliance des Verts avec les catégories sociales défavorisées pour un changement social et une plus grande justice sociale, et un soutien de l'État à une économie stationnaire et à des technologies douces.

Sociologie écologique ou écosociologie

  • La sociologie écologique de Dunlap
    • Après le rapport Brundtland (1987), Dunlap observe l'émergence d'une approche globale des problèmes environnementaux et l'opportunité d'une analyse à l'échelle mondiale.
    • Il souligne la domination humaine sur la planète et la nécessité pour les sociologues d'analyser les interactions social-environnemental et les adaptations humaines.
    • Il critique le fait que la sociologie n'ait pas joué un rôle majeur dans le mouvement vert en raison de ses "petits travaux tardifs".
    • Dunlap développe un cadre global centré sur les interactions social-environnemental, illustré par des schémas complexes (inspirés du POET) où l'environnement est la focalité des rapports avec les variables sociales.

Débats Dunlap et Buttel sur les changements environnementaux globaux (CEG)

  • Le constructivisme et la réalité des CEG

    • Dunlap déplore que Buttel et d'autres sociologues considèrent les CEG comme une construction sociale plutôt qu'un phénomène objectif, potentiellement au service d'intérêts économiques.
    • Il soutient que la construction sociale des problèmes environnementaux ne nie pas leur réalité. La reconnaissance des CEG menace le paradigme de l'exemptionalisme humain (HEP), mais cela n'implique pas l'abandon de l'influence des institutions sociales.
    • Dunlap trouve le constructivisme de Buttel troublant car il détourne de l'étude des causes, conséquences et solutions des CEG, et soutient ceux qui négligent l'environnement.
    • Il refuse d'accentuer le clivage constructivistes-objectivistes, reconnaissant la fécondité des deux approches. Dunlap appelle à une sociologie plus écologique, axée sur les interactions humain-écosystème, rejetant le HEP et soulignant la dépendance humaine vis-à-vis de l'écosystème.
  • L'écosociologie de Buttel

    • Buttel utilise le terme "écosociologie" pour caractériser la dernière phase de la sociologie de l'environnement.
    • Il invite à la prudence face aux conclusions hâtives sur le développement durable, rappelant la fausse alerte de la crise énergétique des années 1970.
    • Il insiste sur la construction sociale des problèmes environnementaux et l'influence des forces productrices matérielles sur le discours écologique.
    • Buttel prône une sociologie de l'environnement critique envers la construction des problèmes par les scientifiques et les groupes verts, soulignant l'enchevêtrement du savoir avec le politique.
    • Il critique la modélisation globale qui place les individus en spectateurs.
    • Concernant les groupes verts, il note leur dépendance aux conclusions scientifiques et leur tendance à amplifier la gravité des situations pour sensibiliser, passant de la rationalité scientifique à la normativité idéologique.
    • Le développement durable est vu comme un symbole de conflits entre groupes critiques et institutions dominantes cherchant à légitimer leurs politiques.
    • Buttel questionne la réalité globale de certains problèmes environnementaux, arguant que leurs causes, conséquences et solutions sont souvent localisables, à l'exception notable du réchauffement planétaire.
    • Il craint que le discours écologiste globalisateur ne serve l'élite économique pour favoriser la mondialisation des marchés et accentuer les inégalités, rejoignant la thèse du néocolonialisme environnemental.

Synthèse des débats et convergences

  • Dunlap, inspiré par l'écologie humaine, propose de remplacer l'ancien paradigme anthropocentrique par un nouveau paradigme écologique. Buttel, néomarxiste wébérien, ne juge pas nécessaire un nouveau paradigme mais l'intégration des variables environnementales.
  • Sur les causes, effets et stratégies des problèmes écologiques, Dunlap utilise une version évoluée du schéma POET. Buttel adopte une approche radicale centrée sur la primauté du social, prônant l'alliance des Verts avec les défavorisés pour un changement social et politique.
  • Concernant la globalisation des problèmes environnementaux, Buttel développe une écosociologie critique, considérant les problèmes comme socialement et politiquement construits, et prônant des solutions locales/régionales/nationales. Dunlap croit en la réalité des CEG et espère que sa sociologie écologique permettra d'y faire face, penchant vers la rationalité scientifique, tandis que Buttel est plus sensible aux aspects normatifs et idéologiques.
  • Buttel, initialement un constructiviste "dur", a évolué vers un constructivisme modéré, reconnaissant la réalité des CEG. Dunlap reconnaît également l'utilité d'un constructivisme mitigé et admet avoir exagéré ses positions initiales sur le NEP.
  • Les deux sociologues cherchent désormais à favoriser l'intégration des variables environnementales dans les analyses sociologiques.
  • Malgré leurs trajectoires parallèles et leurs débats, Dunlap et Buttel convergent, notamment dans leurs collaborations au sein de comités de l'American Sociological Association et de l'Association internationale de sociologie.

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